Qui suis-je?

Plus on avance en âge, et plus décrire son cursus devient compliqué !

Lorsque je suis sortie jeune "ingénieur diplomée" (Ecole Polytechnique Féminine 1976 option technologie de l’information), je croyais naïvement qu'il me suffisait d'énoncer mon titre pour avoir parlé de compétences et de savoir ! J'y ajoutais mention de mon interet pour la psychologie cognitive et la cynophilie, et tout me semblait dit.

Puis est venue l’expérience, qui fait réaliser

  1. que ce que l’on sait ne sert à rien si on ne peut le communiquer,
  2. que l’on n’a jamais fini d’apprendre
  3. et que ce qu’on a appris hier est peut être déjà dépassé !

Mais surtout au fil des années, je me suis rendue compte que les trois pôles présents sur mon CV d’origine ne faisaient que converger vers un seul domaine, celui de la communication !

Pendant plus de 15 ans, j’ai été médiateur pour le compte d’un grand constructeur informatique. Sans aucun pouvoir, sans position hiérarchique, mon rôle était de créer une synergie entre des équipes distantes de milliers de kilomètres (USA, France et Inde) pour qu’enfin une grosse machine soit correctement programmée pour faire ce qu’on attendait d’elle. Tout le monde imagine les diverses tempêtes que cela suppose,  entre une centaine d’humains de cultures différentes : faux sens, conflits, espoirs, frustrations, ressentiments, épisodes de colère, de lassitude ou d’euphorie, que ce soit dans les phase d’échecs ou de succès.

Par nature, un ordinateur ou un robot « intelligent » ne se trompe pas, il n’exécute que la séquence qui a été programmée pour la situation dans laquelle il se trouve. Il faut donc que l’humain ait défini cette séquence de façon correcte, et l’ait fait « apprendre » à une machine capable de l’exécuter. En fin de compte, cela paraît simple, puisqu’une machine n’a aucune émotion, ni sentiment, ni pouvoir de décision, il semble suffisant de bien connaître la machine.

Par définition, pour obtenir la « coopération » d’une machine, l’humain doit faire 100% du travail  de communication 

 

Sauf qu’il n’est plus question à l’heure actuelle d’un seul humain pour programmer une machine. Et soudain s’ouvre un monde d’incompréhension, entre les membres d’une équipe qui eux, étant humains, sont sujets à des émotions, des sentiments, des motivations, des résistances au changement, des capacités variables d’apprentissage.

Entre deux humains de bonne volonté, on pourrait penser que chacun fait 50% du chemin. En fait, on s’aperçoit vite qu’il n’en est rien, il y a une perte d’autant plus importante que la différence de sensibilité ou de culture est importante. Le chemin se fait par séries de zigzag, et de corrections de cap.

 

Et le chien dans tout ça ?

Comme le sujet me passionnait, j’ai commencé à chercher pourquoi, avec mes propres chiens, je n’avais pas l’impression de rencontrer autant de difficultés qu’avec certains collègues !
Par « déformation professionnelle », j’avais admis quelques principes de base :

  1. Mon chien ne se trompe pas, il ne fait que ce qui lui semble adapté… (On enlève déjà une bonne dose des motifs de frustration)
  2. Si mon chien fait ou ne fait pas quelque chose, il faut avant tout que je comprenne pourquoi.
  3. Si je veux que mon chien fasse ou ne fasse pas quelque chose, il faut évidement qu’il sache quoi faire dans les circonstances.

Enfin, restait le mystère de la communication.
« Pourquoi je le comprends si souvent, pourquoi il me comprend si souvent ? »
Et là,  on ne peut qu’être ému par les efforts totalement incroyables que le chien fournit, et qui méritent largement que l’humain se décarcasse pour arriver au point de rencontre.


J’étais toujours assez surprise d’entendre « il ne lui manque que la parole », ou bien « il comprend tout ce que tu dis ».
Je n’ai jamais eu le sentiment que la parole leur manquait. Est ce à cause d’une mère biologiste qui m’avait appris très jeune à observer, ou à cause de mon intérêt pour la communication non verbale ? Toujours est il que le chien « parle » sans mots, et qu’il suffit de faire attention à lui pour comprendre ce qu’il exprime.
Je n’ai jamais pensé que mes chiens comprenaient tout ce que je disais, mais en revanche, je me suis toujours assurée que ce que je leur communiquais était adapté à leur capacité.   

Pour cela, il me semblait logique de chercher à comprendre ce qui constitue le monde du chien ce qui débouche évidemment sur éthologie et neurosciences. Ma famille a pris l’habitude de chercher pour mes cadeaux des choses bizarres comme des supports de cours ou des thèses ! Inutile de préciser combien Internet m’a été précieux, et j’exprime ici ma gratitude pour tous les scientifiques qui mettent les résultats de leurs travaux en ligne, et répondent avec tant de gentillesse aux courriels. 

Et les maîtres de chiens dans tout cela ?

Au fil des « tiens, tu pourrais pas m’aider, mon chien me fait … ? » il m’est devenu évident qu’il n’y avait que très peu de « chien à problème », mais bien plus des situations d’incompréhensions mutuelles.
Les faux sens répétés déclenchent des tempêtes émotionnelles chez le chien, auxquelles il répond comme il peut, c’est à dire le plus souvent par un comportement qualifié de problème.
Ce problème du chien déclenche chez le maître exactement les même tempêtes émotionnelles que celles que j’étais amenée à calmer dans ma vie professionnelle.
Bien souvent d’une égale bonne volonté, aussi malheureux l’un que l’autre, chiens et maîtres ne se comprennent plus, et s’embourbent dans une spirale de malentendus.


 

L’information ne passe plus, la communication est rompue…

Joelle CAVERIVIERE
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26/08/2005